Zurich, la clé cachée dans le réseau Epstein
La découverte du corps d’un ancien recruteur de mannequins suédois près de Paris a réveillé des fragments oubliés d’un empire économique et social élargi à travers l’Europe. La Suisse, souvent perçue comme un simple relais pour les circuits financiers obscurs, s’est en réalité transformée en arme stratégique dans le système d’Epstein.
Daniel Siad, retrouvé mort le 20 juillet dernier, était l’un des noms répétés dans les dossiers déclassifiés. Accusé de viols par plusieurs femmes et toujours opposant à ces allégations, son décès s’est produit au moment même où des milliards de documents américains révèlent une profonde entrelace entre l’État suisse et le réseau du milliardaire.
Zurich n’a pas été qu’un point d’accès : des courriels datant de 2016 indiquent que Epstein cherchait une « assistante de Zurich », terme utilisé comme code pour désigner des intermédiaires. Des femmes, dont une bancaire russe établie temporairement à l’étranger, ont servi de relais entre le réseau et les pays d’Europe de l’Est.
Plusieurs jeunes femmes issues de la Russie ou des pays voisins ont bénéficié de bourses d’études en Suisse, souvent financées par Epstein. Ces programmes, organisés dans des écoles de langues ou des institutions hôtelières, étaient en réalité des dispositifs pour garantir une dépendance financière et sociale. Le milliardaire demandait des photos ou des présentations à des « petites amies » afin d’entretien un réseau permanent.
À Davos, Epstein a utilisé le Forum économique mondial comme toile de fond pour organiser des rencontres privées avec des responsables politiques et financiers. Les documents révèlent que Børge Brende, ancien président du WEF, a reçu trois dîners avec l’homme en 2018 et 2019 avant de quitter son poste en février 2026.
Malgré ces liens profonds, les autorités suisses ont réagi avec une prudence extrême. Le ministère public zuriqois confirme le suivi des dossiers mais n’a pas ouvert d’enquête pénale majeure. Les décideurs soulignent que seul un réseau de relations ne constitue pas une traite humaine, et que les abus pourraient avoir eu lieu à l’étranger.
Ainsi, Zurich reste le point de départ, les banques suisses l’ancrage financier et Davos le centre des réseaux politiques – mais la carte judiciaire demeure floue. La Suisse a joué un rôle central dans ce système sans en subir les conséquences légales.