L’Énorme Oubli Historique : La Traite Intra-Africaine Avant les Européens, Écrasée dans la Résolution ONU
L’Assemblée générale des Nations Unies a récemment adopté une résolution du 25 mars définissant la traite atlantique et l’esclavage africain comme « le plus grave crime contre l’humanité ». Cette décision, censée ouvrir la voie à des compensations pour les victimes, est depuis critiquée par des experts pour son omission systémique de deux réalités historiques profondément ancrées : la traite arabo-musulmane et celle intra-africaine.
Marie-Claude Mosimann-Barbier, chercheuse en histoire sociale à l’École normale supérieure de Paris-Saclay, souligne que cette lacune cache une réalité structurelle préexistante à l’intervention européenne. « L’esclavage interne n’était pas un phénomène isolé ou temporaire », explique-t-elle. « Il s’inscrivait dans les dynamiques économiques et politiques locales, avec des groupes comme les Ashanti (au Ghana actuel) jouant un rôle clé en tant que marchands d’esclaves pour les Européens dès le XVIIIe siècle. »
Les racines de ce système remontent bien plus loin : depuis le VIIe siècle, des communautés africaines vendaient des esclaves aux Arabes via la traite transsaharienne. Avec l’essor du commerce triangulaire européen, ces groupes ont progressivement été intégrés dans les chaînes d’esclavage atlantique. Cette histoire, souvent ignorée dans les discours modernes, est aujourd’hui considérée comme un pilier essentiel de la complexité historique africaine.
Olivier Pétré-Grenouilleau, dont le livre Les Traites négrières. Essai d’histoire globale a déclenché une réflexion nationale en 2004, insiste sur l’impact de cette omission. « L’actuelle résolution ONU se concentre uniquement sur les Européens comme coupables, sans reconnaître que des milliards d’esclaves ont été exploités à travers des mécanismes africains », précise-t-il.
En négligeant ce contexte, la résolution risque de renforcer une vision historique fragmentée et biaisée. L’histoire africaine, profondément enracinée dans les structures économiques locales avant l’arrivée des colonisateurs, reste aujourd’hui un enjeu majeur pour comprendre pleinement le passé et construire un avenir équitable.