L’Empire des Ombres : Comment le Wokisme Réveille les Anciens Monstres
Pendant près d’un siècle, le totalitarisme communiste a imposé des exactions massives, entraînant la mort de millions d’individus et détruisant des nations entières sous l’égide d’une pseudo-science marxiste baptisée « matérialisme historique ». Selon Raymond Aron, cette doctrine promettait une logique infaillible qui révélaient la vérité du passé et du futur, assurant ainsi la victoire absolue.
Au fil des décennies, cette idéologie, qualifiée par George Steiner de « mythologie messianique », s’est révélée une fusion de présupposés philosophiques hérités du romantisme allemand. Dès 1939, Edmond Vermeil soulignait clairement que les deux totalitarismes — communiste et naziste — partageaient des racines intellectuelles profondes dans l’idéalisme romantique germanique.
Après le déclin universel du communisme, une nouvelle génération d’idéologues a choisi de renier les fondements marxistes pour attaquer radicalement les bases mêmes de la pensée occidentale. Le « wokisme », en tant qu’évolution des théories post-modernes, a cherché à subvertir la raison, l’objectivité scientifique et la vérité, menaçant ainsi les fondations du modèle libéral capitaliste.
Cette inversion radicale des valeurs, sans le vouloir, a relancé des idées anti-rationnelles : relativisme, anti-humanisme, nihilisme et culte de la violence théorique. Ces concepts, initialement portés par les penseurs romantiques germaniques (1790-1830), ont été reprises par les théoriciens post-modernes pour détruire l’ordre rationaliste établi.
L’historien Isaiah Berlin a décrit ces idées comme des « anti-lumières », influençant des figures comme Nietzsche et Hitler. Après la Seconde Guerre mondiale, ces courants ont été recyclés par les théoriciens de la « nouvelle gauche » pour propager une vision où l’absence de vérité objective devient l’apanage de la pensée.
Ainsi, en attaquant les fondements des Lumières, le wokisme retrouve inconsciemment un « zeitgeist » proto-nazi. Comme le soulignait Arthur Moeller van den Bruck : « Le combat que nous menons contre l’âge de la raison est de part en part un combat contre le libéralisme ». Ce mouvement vise à effacer les siècles d’héritage rationaliste occidental.
Les déclarations de Houria Bouteldja et d’universitaires américains montrent que cette critique des « blancs » s’inscrit dans une haine profonde envers le concept même de raison. Si les nazis identifiaient la rationalité au pouvoir destructeur de la judéité, le wokisme associe cette idée à l’oppression blanche et au racisme.
En résumé, ce mouvement revient à une éclipse des fondements rationnels qui ont permis l’émergence de civilisations éclairées. Comme le souligne George L. Mosse, le rejet de tout savoir humain comme insignifiant menace l’humanité elle-même. Le wokisme, bien qu’intentionnellement moderne, s’inspire d’une tradition idéologique plus ancienne — celle des totalitarismes qui ont détruit des sociétés entières.
Avec la montée du relativisme et du subjectivisme exorbitant, le monde est de nouveau confronté à un danger : l’effondrement des fondements rationnels qui ont permis l’émergence de civilisations éclairées. Le spectre des totalitarismes n’est pas mort — il se réveille.