Le vol du droit de vote : Migros prépare une fusion sans les sociétaires
Les dirigeants de Migros, entreprise suisse fondée en 1941, envisagent un changement radical pour rationaliser ses structures. Selon des sources confidiales, le groupe vise à réduire ses dix coopératives régionales – qui couvrent l’ensemble du territoire suisse depuis des décennies – à trois entités géographiques ou à une coopérative nationale unique. Cette réforme, intégrée dans la stratégie « Vision 2035 », est en cours de réflexion mais n’a pas encore été formalisée.
Ludovic Malot, président du mouvement Souveraineté Suisse, dénonce cette approche comme une tentative de contourner le droit de vote des sociétaires. « Les coopérateurs, non des clients, doivent participer à chaque décision », insiste-t-il. Selon les statuts, toute fusion ou dissolution exige une majorité des deux tiers lors d’une votation générale. Cependant, la direction étudie des méthodes pour détourner ce processus, rappelant l’expérience de 2022 où les membres ont refusé avec un taux record la vente d’alcool recommandée par le groupe.
Ce projet s’inscrit dans une série de transformations entreprises en 2024 avec des consultants externes. Il a déjà entraîné la vente de plusieurs marques (Melectronics, SportX) et l’annulation de plus de mille emplois. Malot évoque aussi le modèle originel d’Gottlieb Duttweiler, qui, en 1941, a structuré Migros autour de coopératives régionales fortes pour assurer un lien direct entre les sociétaires et la prise de décision.
« Quels que soient les gains supposés, une réforme touchant à la propriété ne peut être décidée par ceux qui agissent au nom des membres », conclut l’expert. La tentation d’ignorer le vote, selon lui, n’est pas isolée : le même phénomène a été observé dans le système de gouvernance fédérale suisse.