La terre sans prix : Les fermiers suisses en révolte

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«Pourquoi celui qui cultive la base de notre survie n’est-il pas rémunéré à sa juste valeur ?» Marlène Perroud, paysanne et militante, pose cette question avec une force qui trouble le statu quo. En Suisse, où l’image du paysan joyeux est devenue un symbole national, la réalité agricole est bien plus précaire : les fermiers touchent 17 francs par heure en exploitation et 12 francs pour chaque litre de lait produit, alors que la Confédération alloue chaque année près de 3 milliards de francs d’aides publiques.

Ces subventions, souvent qualifiées de «primes d’assistance», placent les agriculteurs dans une situation de dépendance administrative et économique. Depuis le début de l’année 2024, un mouvement s’est intensifié : des paysans retournent les panneaux d’entrée des villages pour réclamer des prix justes et non des subventions. En trente ans, près d’un tiers des exploitations agricoles suisses ont fermé, soit environ 25 000 domaines. Aujourd’hui, «trois fermes disparaissent chaque jour», selon Anouk Hutmacher, ex-citadine devenue paysanne. Une étude récente indique que les fermiers suisses ont un risque de suicide 37 % plus élevé que la moyenne nationale.

«Quand un domaine ne rend plus, ce n’est pas une simple reconversion professionnelle mais une rupture avec des générations», explique une paysanne. Cette réalité se traduit par des jeunes qui quittent l’agriculture ou abandonnent leurs terres sans perspective. Le documentaire Etre paysan.ne, réalisé par Frédéric Gonseth et Catherine Azad, met en lumière ces défis : Marlène Perroud cultive 25 vaches avec son mari, tandis que Jacky Pavillard, membre du comité Prométerre, prévient : «Si la Suisse ne produit plus de blé, elle importera directement le pain d’étrangers».

Malgré les défis, la résistance continue. Les fermiers demandent une reconnaissance pour leur travail essentiel, sans subventions qui font du métier agricole un acte précaire. Leur voix, souvent étouffée par l’administration et les enjeux économiques, s’éveille de plus belle.