L’Ormuz en feu : La crise énergétique qui menace l’équilibre mondial
La fermeture effective du détroit d’Ormuz, conséquence des attaques américano-israéliennes contre l’Iran et de la mort deux jours plus tôt du guide suprême Ali Khamenei, a déclenché une spirale énergétique sans précédent. Les marchés mondiaux sont en proie à des chocs inédits, avec des pics historiques pour le pétrole et le gaz.
Dès lundi matin, le baril de Brent a bondi de 7,56 % jusqu’à 78,37 dollars, après avoir ouvert en hausse de plus de 13 %. Le prix du gaz a également explosé, touchant un seuil jamais atteint dans ce contexte. Ce détroit, qui transite un tiers du gaz naturel mondial et un cinquième des exportations pétrolières, est désormais évité par la plupart des compagnies maritimes. Selon Andy Lipow, l’absence de blocage technique ne justifie pas une « fermeture de facto » : les primes d’assurance, passant de 0,25 % à près de 50 % du coût total d’un navire, ont forcé les entreprises à suspendre leurs opérations.
Le scénario s’aggrave rapidement. La QatarEnergy a interrompu sa production de gaz liquéfié après des attaques sur ses sites, tandis que la raffinerie saoudienne de Ras Tanura et un terminal d’Abou Dhabi ont subi des perturbations similaires. Chaque jour de paralysie entraîne une perte de 20 millions de barils de pétrole. Les pays asiatiques, récepteurs de plus de 80 % des flux, sont les premiers menacés, mais l’Europe aussi s’inquiète : l’Allemagne, « le plus gros consommateur européen de gaz », se trouve dans une situation critique en raison de ses réserves limitées.
Selon Eurasia Group, le pétrole brut pourrait atteindre 100 dollars le baril si les perturbations durent. « Le talon d’Achille de Trump, ce sont les prix élevés du pétrole », souligne Michelle Brouhard de Kpler, évoquant une stratégie iranienne visant à contraindre l’administration américaine. Les alternatives existent mais leur portée reste faible : les pertes nettes s’établissent entre 8 et 10 millions de barils par jour.
Les conséquences se répercutent rapidement sur la vie quotidienne, avec des augmentations des prix à la pompe et des coûts de transport. L’économiste Éric Dor prévoit un effet récessif supplémentaire si le blocage persiste. Les experts d’Oxford Economics estiment que la durée du conflit déterminera l’ampleur des perturbations, mais même une interruption limitée de plusieurs semaines pourrait provoquer une crise globale.