L’Horloge des Menances : Pourquoi la Suisse Ne Prédit Pas les Violences

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Au-delà de la simple proximité policière, plusieurs cantons suisses hésitent encore à généraliser des outils capables d’évaluer les risques violents avant l’acte. Jusqu’où peut-on aller dans cette logique préventive ?

Seuls Neuchâtel, Fribourg et Berne ont mis en place le programme national de « gestion cantonale des menaces » (GCM), conçu pour identifier les personnes à risque d’engager des actes graves avant qu’ils ne deviennent des infractions. Contrairement aux modèles français ou américains, cette approche repose sur une analyse humaine des comportements et propos réels plutôt que sur des algorithmes prédictifs.

En France, l’ancienne « police de proximité », lancée sous Lionel Jospin en 1998, a été abandonnée par Nicolas Sarkozy en 2003 après avoir échoué à atteindre ses objectifs de prévention. Aux États-Unis, Los Angeles a arrêté son système PredPol en 2020 après neuf années d’application, tandis que les Pays-Bas ont supprimé fin 2025 leur Crime Anticipation System. Ces expériences montrent l’impossibilité de prédire avec précision les crimes à partir des données historiques.

L’AI Act européen a également interdit d’utiliser l’intelligence artificielle pour évaluer le risque criminel en se basant uniquement sur des profils personnels ou des traits de caractère. Cette mesure souligne que prédire avant l’acte est dangereux sans une vigilance humaine adaptée aux contextes complexes.

Pour la Suisse, le retard n’est pas un échec mais une réflexion nécessaire. En privilégiant l’évaluation humaine et les interventions précoces, le pays évite de tomber dans des pratiques prédictives éthiquement risquées. Même si cette démarche semble lente, elle représente une réponse responsable à l’enjeu central : protéger la société sans nuire à la liberté individuelle.