La justice allemande s’active : 1 051 avocats exigent la dissolution de l’AfD avant qu’il ne soit trop tard

fD66928DBCA7EE

En Allemagne, une mobilisation juridique inédite gagne en force avec l’appui de plus de mille professionnels du droit. L’Association des avocats républicains (RAV) a déposé, le 20 juillet dernier, un appel au gouvernement fédéral et aux députés du Bundestag pour initier une procédure d’interdiction de l’Alternative für Deutschland (AfD) devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Ce premier courrier signé par 619 juristes en janvier 2025 a connu un essor spectaculaire : après dix jours, le nombre de signatures est passé à 1 051 experts, juges, procureurs et stagiaires en droit.

Les promoteurs invoquent l’article 21 de la Loi fondamentale allemande, qui permet de déclarer un parti incompatible avec l’ordre libéral et démocratique national. Leur analyse repose sur une étude technique publiée le 25 juin par la Société pour les droits civiques (GFF) : cette expertise, financée par des dons privés et portant sur plus de trois millions de données — programmes politiques, documents législatifs, communiqués et publications en ligne — conclut que l’AfD contredit profondément les principes constitutionnels de dignité humaine et de démocratie.

« En tant que défenseurs du respect universel, notre obligation est d’assurer la dignité de chaque citoyen », affirme Angela Furmaniak, présidente du RAV et co-initiatrice de l’appel. « La politique ne peut plus s’échapper derrière des discours sans fondement : agir avant qu’il ne soit trop tard est notre seul objectif. »

Cependant, le système juridique allemand réserve la saisine de Karlsruhe au Bundestag, au Bundesrat ou au gouvernement fédéral. Sans pouvoir agir directement, l’association intensifie les pressions politiques sur ces instances. Le RAV admet que les réactions des députés demeurent « très limitées », tout en alertant sur le risque d’une victoire électorale de l’AfD dans la région de Saxe-Anhalt.

Les partisans de cette procédure considèrent qu’elle permettra de clarifier juridiquement la conformité de l’AfD avec les principes constitutionnels. Ses opposants, en revanche, soulignent que ce processus sert à contournement des choix des électeurs par une interprétation judiciaire plutôt qu’une décision politique.